• JC Duval

La révolution irlandaise

Un irlandais à genoux vaut quatre anglais debout.

Proverbe irlandais

 

Quand nous étions allés voir Chloé à Dublin, nous avions visité la prison de Kilmainham. Je vous rassure tout de suite, elle n'était pas en prison 🤭

J'avais alors été frappé par sa cour et ses hauts murs de pierre. Une croix était érigée à la mémoire des nationalistes fusillés après l'insurrection de Pâques 1916.

Prison de Kilmainham, Dublin
Cimetière gaélique dans le Connemarra

Une histoire tourmentée …


L'Irlande a été rattachée à la Grande-Bretagne par l'acte d'union de 1801. L'Angleterre voulait absolument avoir la mainmise sur cette île trop proche de ses côtes.


En 1845, le mildiou dévaste les cultures de pommes de terre et cause une grande famine avec plus d'un million de morts sur les 8 millions d'habitants que compte l'île, dont 2 millions émigrent aux Etats-Unis.

Le Royaume-Uni ne fait rien pour apporter son aide. "Le Tout-Puissant a envoyé le mildiou, mais les Anglais ont créé la famine".



Cette catastrophe est à l'origine du renouveau du nationalisme irlandais. Face au nationalisme républicain qui prône la lutte armée, le nationalisme constitutionnel suit la voie politique pour demander l'adoption du Home Rule, un projet visant à donner une autonomie interne à l'Irlande, tout en restant sous la tutelle de la couronne britannique. En 1912, Londres finit par approuver le projet, mais coté Irlandais il ne satisfait ni les nationalistes les plus durs ni les unionistes.


Les unionistes, campés sur les terres du nord, descendants de planteurs anglais et écossais venus s'installer sur l'île au 17eme siècle, sont fortement opposés au Home rule. Les loyalistes forment la branche la plus dure du mouvement.

De leur coté, en 1916, les nationalistes les plus radicaux organisent la révolte de Pâques et proclament la République d'Irlande. La rébellion est rapidement écrasée et les leaders sont fusillés. La répression sanglante du gouvernement britannique choque l'opinion publique et un élan nationaliste traverse tout le pays, du moins dans la partie sud.



Suite de l'histoire


En 1918, le parti républicain remporte les élections et déclare l'indépendance de l'île. Mais Londres ne reconnaît pas la légitimité du parlement irlandais qui a décidé de siéger à Dublin et non pas à Westminster.

Durant 3 ans, les groupes paramilitaires du nord soutenus par Londres et les membres de l'Armée républicaine irlandaise - IRA - vont se livrer à toutes les exactions.

En représailles à l'assassinat d'officiers des services secrets anglais perpétré par l'IRA, les Black and Tans - d'anciens combattants britanniques démobilisés après la première Guerre mondiale - mitraillent le public venu assister à un match de football gaélique au stade de Dublin, incendient le centre de Cork, chassent les catholiques de leurs emplois et de leurs maisons dans le Nord.

Un accord est finalement trouvé en 1921. Le traité de Londres ratifie la création de deux états, d'un coté un dominion* l'État libre d'Irlande au sud, de l'autre l'Irlande du Nord à majorité protestante et toujours rattachée au Royaume-Uni.


En 1937, l'État libre d'Irlande deviendra autonome en adoptant une constitution républicaine. L'Irlande vient de naitre.


* Un dominion est un État indépendant membre du Commonwealth, Londres gardant la souveraineté des fonctions régaliennes.

 

Conflit en Irlande du Nord …

Il y a 50 ans, un triste dimanche sanglant ...


Dans les années 60, le rapprochement entre les gouvernements des deux Irlande pousse les loyalistes à l'action. Les catholiques sont leur cible ce qui donne lieu au soulèvement des ghettos catholiques à Belfast.

De son coté, l'IRA qui vient de déposer les armes se fragmente : d'un coté l'IRA officielle (ou OIRA) et de l'autre l'IRA provisoire (ou PIRA) qui veut unir les 2 Irlande. L'action de la PIRA va vite se transformer début des années 70, en une véritable guérilla urbaine et rurale.

L'année 1972 est la plus meurtrière avec presque 500 morts. Le 30 janvier, un bataillon de parachutistes britanniques tire sur une manifestation pacifique à Londonderry prétendant riposter à des tirs de l'IRA, alors que ses membres étaient venus sans armes.

Bilan,14 morts. C'est le Bloody Sunday.


U2 - Bloody Sunday


S'ensuivra un conflit entre catholiques et protestants, entre nationalistes et loyalistes.

Le gouvernement de Londres assimile l'IRA à une organisation terroriste. En contre-partie, le Royaume-Uni bascule dans une vague d'attentats, mais la dame de fer ne voudra jamais négocier quoi que ce soit avec l'IRA. La décennie 80 sera des plus meurtrières.

Bobby Sands avec sa grève fatale de la faim deviendra un martyr de la cause indépendantiste d'Irlande du Nord.

Funérailles de Bobby Sands - Mai 1981

En 1993, l’Armée républicaine irlandaise pose deux bombes dans des poubelles à la sortie d’une boutique à Warrington en Angleterre. Deux enfants périssent dans l’explosion.


The cranberries - Zombie


A l'aube du nouveau millénaire, T Blair reprend les négociations. Les groupes para-militaires déposent les armes. En 1998, le Good Friday Agreement ou accord du Vendredi Saint, est signé entre I'Irlande et le Royaume-Uni. Les violences diminuent, même si à Belfast la situation reste tendue.

A ce jour, le conflit aura couté la vie à plus de 3.500 personnes et 10 fois plus auront été blessées.

 

Brexit …


Suite au Brexit, le Royaume-Uni et l'UE ont rétabli des contrôles douaniers entre le marché britannique et le marché européen. Afin d'éviter une frontière terrestre entre les 2 Irlande, le contrôle se fait au niveau des ports. Mais cette "frontière" mécontente les loyalistes qui se sentent éloignés voire isolés du reste du Royaume-Uni.

L'Irlande et l'Irlande du Nord

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