• JC Duval

CAP ou pas CAP

Avis au lecteur : Ces récits ont bien entendu un caractère subjectif lié à la personnalité de leurs auteurs. Ils sont donc soumis à la critique du lecteur qui saura - j'en suis certain - apporter le meilleur des jugements quant à la teneur des différents propos.

A noter que toute ressemblance avec des faits ou personnes existantes n'est nullement fortuite.

  • L'annonceur officiel

Ce samedi 14 mars 2009 s’est courue la 2ème édition du trail de Paris. Le départ a été donné à midi sur la base de loisirs de Saint-Quentin en Yvelines, alors que le 1er étage de la Tour Eiffel servait de décor pour l’arrivée, après 80 km de course et 1.500m de dénivelé positif.

  • Le factuel

En ce samedi de mars, le départ de l'écotrail de Paris a lieu sur la base de loisirs de Saint-Quentin en Yvelines. Le ciel est couvert mais idéal pour la course à pied. A midi, plus de 1.200 coureurs s'élancent pour 80 km à parcourir dans les forêts de la région ouest de Paris. C'est une belle balade par monts et par vaux sur des sentiers pas toujours faciles. Sur la fin du parcours, mon compagnon de course profite du dernier ravitaillement pour me fausser compagnie. Je termine à mon rythme le long des bords de Seine avant de gravir le 1er étage de la Tour Eiffel et franchir la ligne.

A la sortie des vestiaires, je retrouve mon complice et tranquillement nous discutons de notre course, bière à la main.

  • Le précis

En ce 14ème jour du mois de mars de l'an 2009 qui tombe un samedi, j'arrive sur la base de loisirs de Saint-Quentin en Yvelines à 11h17mn précises pour participer à la 2eme édition du Trail de Paris (Ecotrail de Paris Ile de France). Un chapiteau a été monté pour l'occasion. Des individus principalement de sexe masculin revêtus de tenues sportives trottinent pour s'échauffer. Quelques représentantes de la gent féminine sont également sur le lieu du départ. Le ciel est gris et la température de 13,5°C, météo idéale pour courir. A midi passé de quelques secondes, 1.203 coureurs s'élancent pour 80 km et quelques hectomètres à travers les forêts de chênes, de châtaigniers, de hêtres et autres essences - 92% du parcours est sur sentiers et chemins - avec pour objectif de rejoindre le cœur de Paris. Certaines côtes dépassent les 28%. Le dénivelé total est de 1 504 m D+.

Mon compagnon de course profite du dernier ravitaillement au km 70 pour me lâcher. Je poursuis tranquillement ma course sur les bords de Seine, à une vitesse frisant les 10 km/h.

9h47 de course ... je franchis enfin la ligne d'arrivée après avoir gravi les 369 marches qui mènent au 1er étage de la Tour Eiffel.

Après avoir pris une bonne douche, un sandwich saucisse moutarde à la main accompagné d'une bière blonde 33cl, je retrouve mon complice du jour. Nous échangeons nos impressions. Je lui fais remarquer qu'il est pieds nus et qu'il me semble bien fatigué. Il va récupérer ses chaussures pointure 44 avant de rentrer se coucher.

  • Le subjectif 

Ce samedi, je me présente à SQY. Une bande de kékés en tenue plus pour frimer que pour courir, parade sur l'aire de départ. Qu'ils sont grotesques !

A midi, la course est lancée. Quelques olibrius partent comme des flèches. Le parcours nous emmène sur des pentes casse-gueule et des sentiers encombrés de satanées caillasses et de foutues racines où à chaque instant, on risque de se fracasser une cheville.

A la fin du parcours, le Lolo que j'ai précédé jusque-là profite lâchement d’un ravitaillement où je m'arrête, pour me laisser en plan. Je le laisse partir comme un péteux qu’il est.

Je le croise à l'arrivée. La bière à la main, il me braille ses fariboles mais il n'est pas même foutu de mettre ses pompes qu'il a oubliées dans les vestiaires. Il va les récupérer avant de se casser.

  • Le procédurier

J’ai l’honneur de vous informer des faits suivants dont j’ai été le témoin et la victime.

Ce jour du 14 mars 2009, aux environs de midi, sur l’esplanade du site de Saint Quentin, plus d'un millier d'individus auxquels je m’étais mêlé se sont lancés pour parcourir 80 km en forêt pour une saine activité physique. Hors à la fin du parcours, alors que je m’accordais un moment de répit, un coureur bien connu non tant pour son talent que pour son mauvais esprit, a profité de cette occasion pour me laisser choir d’une manière peu sportive.

J’ajouterais, Monsieur, que cet individu a eu une attitude discourtoise à mon égard en me laissant seul dans le Parc de Saint-Cloud, alors qu'il faisait nuit noire à ce moment-là.

Etant donné les faits, je vous prie de bien vouloir, Monsieur, en tirer les conclusions qui s'imposent et prendre toutes les mesures nécessaires afin qu'à l'avenir de tels agissements ne puissent plus se reproduire.

Dans l’attente de votre réponse, je vous assure, Monsieur, de ma plus parfaite considération empressée au moins.

  • Le bruyant

Pan ! 1.200 coureurs partis.

Shruit-shruit-shruit ! Crissement des cailloux dans les chemins creux.

Frout-frout-frout ! Bruissement des feuilles sous les grands arbres.

Pschitt-Pschitt ! Bouteilles de coca aux check-points.

Glou-glou-glou ! Buveurs de coca aux mêmes check-points.

Haaaaaa ! Le Lolo dumicole qui se soulage le long d'un gros chêne.

Schlrp-schlrp ! Cacahuètes, soupe, pâtés divers, fromages, toujours aux check-points.

"____" ! L'assourdissant silence du soir qui tombe.

Hou-hou-hou ! Une chouette hulotte qui hulule dans un grand hêtre.

P... de racines ! Coureur s'étalant dans une descente.

Ahrg-ahrg-ahrg ! Moi, ahanant sur le plateau de Jardy.

Tchao-tchao ! Le Lolo me laissant seul au dernier ravito.

Tuuut-Tut-Tuuut - Vroum-vroum ! Les grondements vrombissants de la cité.

Ahhhh ! Nous, buvant une bonne bière à l’arrivée.

Zut-flute-zuuut ! Lolo cherchant ses pompes.

  • L'ignorant

Je ne sais pas bien ce que je faisais là ce samedi là. Toujours est-il que vers midi, j’ai pris le départ d’une course à pied.

S'il y avait du monde ? Bien sûr, nous partîmes plus d'un millier, au moins.

Des champions ? C’est bien possible ... moi, je ne regarde pas trop ceux qui courent. Je m’en fous.

Le parcours était-il difficile ? Ça se pourrait bien, mais j’en ai vu d’autres, vous savez !

Si le Lolo m’a dépassé ? Oh, ça, je ne sais pas, je ne fais pas attention ... pas plus à lui qu'aux autres d'ailleurs ... le trail comporte des choses bien plus importantes que ça !

Ce qu’on a fait à l’arrivée ? Une bière ? Oui, bien sûr ... une prise de minéraux comme disent les traileurs ... mais vous savez, il y a des choses vraiment plus curieuses dans la vie.

D'ailleurs, je me souviens de mon professeur qui me racontait souvent que…

  • L'indéfini 

Je suis arrivé pour prendre le départ à midi, sur le site de SQY. Il y avait des jeunes, des vieux, des femmes, des têtes plus ou moins connues. J’ai mis mon dossard et j’ai pris le départ. Le parcours était plutôt intéressant. J’ai regardé ceux qui étaient devant moi et j’ai décidé de les accrocher. J’ai tenu la cadence aussi longtemps que j’ai pu mais au dernier ravitaillement je me suis arrêté et j'ai admiré Paris.

C'est à ce moment là que j’ai senti qu'il partait. Je n’ai rien dit. Il m’a laissé.

A l’arrivée, nous avons bu une bière, ensemble.

  • Le télégraphiste 

"trail STOP nombreux coureurs STOP joli parcours STOP course éprouvante STOP moi petit stop STOP lolo parti STOP arrivée neuf quarante-sept STOP bonne bière"

  • L'antinomique

Le soir ... il grêle. Une petite horde de coureurs prostrés se pelotonne sur la ligne de départ. Le parcours morne et monotone nous emmène dans une plaine triste aux herbes rases et aux terres marneuses. Au km 70, sur un chemin bourbeux, je passe le pauvre Lolo diarrhéique qui comme à son habitude, se traîne lamentablement.

A peine arrivés, vite nous repartons.

  • L'injurieux colérique

Après une attente interminable dans une ambiance que je ne nommerai pas sauf à devenir grossier ... nous sommes enfin sur le point de quitter le site bétonné de SQY. Une armée de tafioles en collants bigarrés courent dans tous les sens. Ils sont en train de s'échauffer, sauf que moi ils m'chauffent les oreilles. Si le ridicule tuait, le départ serait jonché de cadavres !

Au coup de feu, cette bande de traîne-savates fiche le camp.

Fait pas spécialement beau et des putains de sentiers tout en côte nous déglinguent les guiboles.

Comme d'hab, des précautionneux font les chochottes et bourdent tout le monde.

Me voilà enfin sorti des fausses reposes ... portent bien leur nom celles là ! Je suis sur les hauteurs de Jardy, j'ai enfin quitté ces putains de pierres et de racines qui me faisaient chier !

Au km 70, voilà l'autre buse qui joue le fanfaron, je parle de celui qui m'a embringué dans cette galère. Il me laisse tomber comme un vulgaire coprolithe. Pfff, comme il est ridicule avec son buff rose !

A l’arrivée, faut encore monter des marches !

A la sortie des vestiaires, l'autre paon est là ... "il" se pavane ! Il n’est jamais que cinq petites minutes devant moi.

Pauvre type. T'as vu ta tête ... et tes pieds, vas donc mettre tes pompes !

  • L'optimiste fraternel

Toute une colonie de sportifs enjoués s'est donnée rendez vous à la base de Saint Quentin en Yvelines. Le cadre est agréable et bucolique. Autour de la ligne de départ, tout le monde s'égaye en s'échauffant. A midi sonnant, nous nous élançons pour un périple de 80 km à travers bois, chemins et sentiers. Quelle belle équipée formée par cette cohorte de sportifs.

On sent une vraie cohésion entre tous ces coureurs qui pour la plupart ne se connaissent même pas. C'est avec mon ami Lolo que je participe à cette jolie communion. Quelle ivresse de courir tous ensemble dans le cadre verdoyant de la région ouest parisienne.

Les kilomètres défilent ... Chacun est bienveillant avec celui ou avec celle qui partage ces mêmes instants d'éternité. Lolo est souvent à mes cotés ou pas très loin. La nuit finit par tous nous envelopper.

Au dernier ravitaillement, je décide de m'arrêter et de profiter du moment pour admirer Paris qui s'allume. Lolo préfère continuer sur sa lancée. Quel coureur effréné celui là ... Mais c'est son caractère et c'est ce qui lui permet d'aller se trouver au bout de lui même. Nous finirons à quelques encablures l'un de l'autre.

Au final nous aurons partagé une bien belle sortie et aurons réalisé un bien bel exploit.

A l'arrivée, mon brave Lolo je t'ai trouvé un peu fatigué. C'est pas très sérieux de vouloir sortir dehors en chaussettes.

Une bonne nuit de sommeil et je suis sûr que tu seras rétabli.

Bravo mon Lolo, on l'a fait.

  • Le poète nippon ou haïdjin

Départ, tous lâchés

et les forêts traversées

Paris nous voilà



Mon 1er trail

 

Merci au regretté Mustang de Kikourou. La forme de ce billet est inspirée d'un de ses CR que je trouve génial 'Oëtre ou ne pas Oëtre'. Un gars du pays où je suis né. Le pays d'Argentan. Un chic type - très impliqué dans le sport - même si je ne l'ai connu qu'au travers de ses récits. Il avait pris part à cette édition de l'Ecotrail et était arrivé 15 minutes avant moi.

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