GR34 - J11

Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Plestin les grèves - Plougasnou
☞ 29,5km, 600m D+
Dimanche 13 septembre 2026
✧ La nuit a été salvatrice.
Notre petite longère est toute simple mais bien équipée. Ce matin, le ciel est d'un bleu azuréen, aussi nous offrons-nous le luxe de déjeuner dans le jardin.
Aujourd'hui, c'est dimanche, nous nous éclipsons sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller nos hôtes.
Le marché s’est installé sur la place de l’église. Les étals ne proposent que des plats à réchauffer : nous nous rabattons sur la boulangerie. Les sandwichs, c’est pas mal non plus, et ça se transporte bien.
L'étape du jour s'annonce encore une fois comme une grosse étape et notre départ tardif nous incite à couper au plus court afin d'éviter la pointe de Plestin. Cap plein ouest, donc, vers le Douron, le fleuve côtier qui délimite les Côtes-d'Armor et le Finistère.
Après le pont, nous passons devant le manoir de l'Île Blanche. Au début du XXe siècle, il était la propriété de Lord et Lady Norton, un couple d'Anglais.
Alors que le Lord siégeait au Conseil de l'Inde, la Lady, restée seule, dilapidait l'argent des Indes en donnant des fêtes somptuaires. Désormais, l'ambiance est beaucoup plus sage ; le lieu abrite une congrégation religieuse.
Nous arrivons sur la baie de Locquirec et remontons doucement la plage. Un voile nuageux estompe les couleurs et les reliefs. À droite, un couple pratique le longe-côte. À gauche, un camping accueille ses derniers clients.
Nous retrouvons la route avant de plonger sur le petit port de Locquirec. Une jolie plage de sable fin borde une petite place entourée de restaurants. Leurs terrasses ensoleillées sont trop alléchantes… Allez, hop, une Plancoët. Les druides du Finistère sont peut-être plus éclairés que ceux du département d'à côté…
Tout comme hier, nous longeons une côte escarpée et rocheuse qui s'ouvre par moments sur d'immenses plages de sable blanc. Le ciel est cristallin… Quel spectacle, encore, que de contempler les émeraudes et les azurs se mélanger, pour donner ces dégradés si subtils. Ce sont précisément ces instants magiques que les randonneurs viennent chercher sur ce littoral.
Le sentier côtier, tout juste fauché, nous permet de nous frayer un chemin à travers les fougères. Les derniers ajoncs en fleurs essaient de nous griffer les bras. Lorsque le sentier se creuse, à l'abri du vent du large, nous traversons le vol stationnaire des syrphes, ces petites mouches inoffensives qui se déguisent en guêpes pour faire peur aux randonneurs.
Les kilomètres s'égrènent, le compteur s'affole même, et l'arrivée est encore loin. Le sentier est exigeant avec ses montées et ses descentes, aussi au détour d'un sommet, décidons-nous de couper. Nous suivons une petite route qui nous conduit directement sur la grande plage de Saint-Jean-du-Doigt. La légende raconte qu'au début du XVe siècle, un villageois aurait rapporté de Normandie une phalange de l'index de saint Jean-Baptiste.

La route s'élève en serpentant le long du bord de mer. Plougasnou n'est plus très loin, mais tout comme hier, les sacs nous semblent de plus en plus lourds. Les kilomètres, ajoutés à ceux des jours précédents, nous pèsent. La fin d'étape est laborieuse.
L'an prochain, si nous continuons notre tour de Bretagne, il faudra prévoir un jour de repos en milieu de circuit ; d'une part pour reprendre des forces, et d'autre part pour faire les lessives et restreindre les affaires de rechange, même si on a pris le minimum. Sur certaines fins d'étapes, on le sent bien - et ce n'est pas qu'au niveau du sac…
Une grosse Mercedes semble hésiter… puis s'arrête. La passagère, avec son joli "akzent" allemand, propose gentiment de nous avancer. Paraissons-nous donc si fatigués que les voitures s'arrêtent sans que nous demandions quoi que ce soit ?
Nous déclinons son aimable invitation, répondant que nous sommes sur le point d'arriver.

Voilà enfin la plage de Primel-Trégastel. Notre appart-hôtel se trouve derrière l'hôtel du "Château de Sable", lequel donne directement sur le front de mer. Nous récupérons nos clés dans la boîte à code. La location est grande, mais pas très propre. Dans la cuisine, aucune réserve, pas même une dosette de café… et c'est dimanche, tous les commerces sont fermés. Eh bien, tant pis, demain matin nous nous serrerons la ceinture.
À moins que… 💡 Allons voir si, par hasard, l'hôtel d'à côté ne proposerait pas des petits-déjeuners…
Les lourdes portes s'ouvrent sur un vaste vestibule plongé dans l'ambiance feutrée d'une longue fin d'après-midi d'automne. Sur les murs, les lumières tamisées repoussent déjà les ombres naissantes. Au centre trône un billard ; sur le tapis vert, un triangle parfait de quinze boules de couleur est prêt à voler en éclats. Au fond, la fresque d'un moulin à marée occupe toute la largeur du mur. Dans un coin, un grand salon de cuir vert anglais invite au repos dans ses profonds fauteuils Chesterfield.

Un décor résolument old-school, mais un service aux abonnés absents. Nous avons beau sonner, il faut se rendre à l'évidence, il n'y a pas âme qui vive ici. Le "Château de Sable" est désert…
Nous franchissons le seuil de l'unique restaurant ouvert ce soir dans un rayon de dix kilomètres, une crêperie dont le comptoir est pris d'assaut par une foule haute en couleur et toute en clameur. Les boissons défilent à tout va : apéros, vins, bières et même Plancoët… Les clients discutent par petits groupes, certains braillant plus fort que d'autres. Tant bien que mal, nous nous frayons un chemin pour rejoindre le restaurant. Installés au fond d'une salle quasi vide, nous avons le pressentiment qu'entre ces murs, on mange moins qu'on ne boit. Aussi sommes-nous agréablement surpris de voir arriver des assiettes bien garnies.
Ce soir, nous avons bu une bouteille de cidre. Allez donc vous faire voir ailleurs, enchanteurs, sorciers et autres mages brasseurs de Plancoët !
Nous finissons notre grosse journée par une petite balade sur la promenade du front de mer. Le soleil se couche et j'en profite pour faire quelques photos.
En passant, nous ne relevons aucune activité autour du "Château de Sable". Les portes sont grandes ouvertes et les lumières du grand salon sont toujours allumées… Tout là-haut, une chambre brille dans la nuit. Une ambiance digne d'un film de David Lynch …
À chaque étape son post
Etape du jour : Plestin les grèves - Plougasnou
« Le cidre doux en bouteilles poussait sa mousse épaisse autour des bouchons. » - Madame Bovary Gustave Flaubert (Un illustre normand)




Commentaires