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GR34 - J12

Photo du rédacteur: JC Duval
JC Duval
14 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Plougasnou - Morlaix

☞ 20,5km, 600m D+

Lundi 14 septembre 2026

✧ Ce matin, le "Château de Sable" est toujours debout, plein de lumière, les portes ouvertes aux quatre vents, tout comme hier.


Pour la petite histoire, l'établissement a été le théâtre des mondanités et des fêtes des Années folles. La chanteuse Fréhel, la couturière Nina Ricci ou encore l'écrivain Joseph Kessel y ont séjourné. Mais si cet hôtel a connu des jours glorieux, rien ne va plus. Depuis les années deux mille, les repreneurs défilent, et invariablement il finit par se transformer en squat. Aujourd'hui, cette ancienne gloire semble de nouveau en liquidation.


Nous partons le ventre vide, ce qui est loin d'être idéal, car l'étape promet une fois encore d'être longue, même si le carnet de route prévoit de finir en bus pour remonter la rivière de Morlaix.


Mais nous n'en sommes pas là : nous attaquons par la pointe de Primel. Très vite, nous faisons une pause devant le Menhir des Marsouins, un bloc de pierre de plus de trois mètres de haut. Son histoire est assez singulière : après un sommeil de plusieurs millénaires - un long sommeil de pierre - le menhir s'est relevé en marge de la catastrophe de l'Amoco Cadiz, en 1978. Déjà.

Les militaires du Régiment d'Infanterie de Marine - les 'marsouins' - chargés de nettoyer les côtes, l'ont, tels des braves, redressé, donnant ainsi leur nom au monument. Des gars qui tournaient à la Plancoët, c'est sûr…


Nous faisons le tour de l'anse du Diben, qui abrite le port du même nom et au fond de laquelle se niche un cimetière de bateaux, tout près d'un chantier naval dont la devise du patron est : "Un bateau, ça doit finir ses jours en mer ou sur l'estran, la quille dans l'eau." Allez moussaillons… Souquez les artimuses !



Dans le Bas-Trégor, le littoral abrite un véritable bestiaire. Ici, le rocher se fait animal, à moins que ce ne soit l'inverse. Hier, le renard, aujourd'hui, le crapaud et même les tortues amoureuses.

D'autres encore tirent leur nom du décor environnant, à l'image du rocher de la Galette ; un nom qui ne doit rien aux crêpes bretonnes, mais tout aux galets qui l'entourent.

Mais il arrive aussi de croiser des blocs sans forme ni nom particuliers, juste des blocs en équilibre… que l'on regarde deux ou trois fois avant de se faufiler par-dessous… certains allant même jusqu’à leur jeter un regard tendre et affectueux.


En parlant de "galette", Isabelle a, en guise de petit-déjeuner, navigué sur son téléphone et déniché une crêperie ouverte un "lundi midi" dans un endroit qui s'appelle Térénez. Justement, sitôt la pointe Saint-Samson dépassée, nous arrivons sur la plage de Térénez, au bout de laquelle - en effet - se dresse notre crêperie. Tout cela est millimétré, nous avons l’estomac dans les talons.


Nous approchons… Malgré le soleil, la terrasse semble déserte. Alors, de deux choses l'une : soit le service se passe à l'intérieur, soit il n'y a pas de service du tout. Bon, inutile de faire durer le suspense plus longtemps, nous nous trouvons devant un cas… de fermeture exceptionnelle. Moi, je pense que ce sont les druides qui nous ont jeté un sort. Hier soir, nous aurions dû prendre une Plancoët plutôt que du cidre.


Nous voilà assis sur un banc face à la mer, avec le petit bout de saucisson retrouvé au fond du sac et, en dessert, une barre de céréales à la figue. Le repas est vite expédié, vous l'aurez compris.

 


Un cordon littoral, né de l'accumulation de sable, de galets et de coquillages, barre en partie le fond de l'anse que nous remontons. Ce "poulier", comme disent les géologues, assure, avec ses cinq cents mètres de long, la protection d'une vasière qui nourrit les oiseaux de la côte tout en servant de nurserie aux poissons et aux crustacés de la baie.


Le paysage s'ouvre soudainement sur la rade de Morlaix. Avec ses sept cents hectares de parcs et ses six mille tonnes d'huîtres par an, la rade est le premier centre ostréicole du Finistère. À tribord, la marée basse a dévoilé d'immenses plaines de sable où les ostréiculteurs sont descendus travailler leurs champs. Sans répit, ces paysans de la mer déplacent, retournent et secouent leurs poches d’huîtres.

 

Au détour d’un virage, nous tombons sur un spectacle qui nous surprend et nous suspend : un groupe de jeunes femmes joue sur la grève…

À leur tenue, nous pensons d'abord à des Bretonnes en costume traditionnel. Mais à y regarder d'un peu plus près, nous reconnaissons le voile blanc et la tunique noire de jeunes nonnes. Mon Dieu, mais que peuvent bien faire ici ces novices ?

Nous approchons, mais d'un coup, le sentier se dérobe derrière un grand mur qui, comme un confessionnal, nous sépare de ces ancelles. 

Nous percevons les cris enjoués de ces enfants du Seigneur qui, de l’autre côté, gambadent et s'amusent sur le sable.

Lorsque le sentier ressort de derrière le mur, nous apercevons furtivement les membres de la petite communauté s’engouffrer dans un gros fourgon noir stationné sur le chemin et disparaître derrière les vitres fumées.

Nous nous frottons les yeux… Encore un coup des druides, c’est sûr !


D'après "les Bretonnes au pardon" de Pascal Dagnan-Bouveret (1852-1929)


Nous arrivons au Dourduff, l'endroit où nous devons prendre notre bus. Nous sommes en avance et jetons un coup d'œil aux horaires : ce sont les mêmes que ceux de notre carnet de voyage. Cependant, nous lisons sur le panneau de l'aubette - une information que nous n'avions pas notée - qu'à partir du mois de septembre, le ramassage ne se fait que sur réservation.

Scrogneugneu de mille sabords, nous voilà bien…


Du coup, nous décidons de faire du stop et là, à ma très grande surprise, je découvre que c'est une première pour Isabelle. Incroyable… quoique pas si surprenant que ça : depuis que nous sommes ensemble, je n'ai pas souvenir d'avoir eu l'occasion de lever le pouce. De toute manière, aujourd'hui Blablacar a pris le relais.

Nous avons pourtant de bonnes têtes [enfin, pas trop patibulaires, du moins je l'espère] mais le si peu de voitures qui passent continuent cahin-caha leur petit bonhomme de chemin. Au bout d'un quart d'heure, nous nous résolvons à reprendre la route. Ça va encore nous en faire des kilomètres…

Mais à peine venons-nous de repartir qu'une voiture s'arrête. Son conducteur nous invite à monter sans même nous demander où nous allons. De toute façon, la route ne mène qu'à un seul endroit : Morlaix.



"Alors, elle est pas belle, la vie ?" Aux côtés de notre jeune chauffeur, lui avec son bandana et nous avec nos tours de cou tout aussi colorés, vitres ouvertes, nous devisons sur la Bretagne et ses sentiers en regardant béatement défiler le paysage. C'est quand même plus cool que de marcher sur le bord de la route.


Après une bonne douche, nous nous promenons dans le centre-ville où nous visitons les bâtiments de la Manufacture des tabacs, érigée sous Louis XV. Le site de Morlaix avait été choisi pour son accès stratégique à la mer. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la fabrique a employé jusqu'à mille cinq cents ouvriers. La SEITA a mis un terme à l’activité tout début des années deux mille. Vingt ans plus tard, la "Manu" abrite l’Espace des sciences de Morlaix.


En cette douce fin d'après-midi, nous nous posons à la terrasse d'un café. Au milieu des groupes d'étudiants qui se racontent leur journée, nous sirotons "religieusement" notre Plancoët…


✧ Sous ce soleil radieux, il n'y a même pas l'ombre d'une nonne.


À chaque étape son post

 


Etape du jour : Plougasnou - Morlaix

Proverbe breton : "Quand les mouettes ont pied, il est temps de virer."



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